Épidémie

 

Âmes sensibles ou dépressives s’abstenir:

 

Après plusieurs mois à faire bonne figure et me ronger de l’intérieur, pour une fois, ce ne sera pas une belle histoire.

 

Désolé les gens, mais c’est la fin d’un mythe.

 

Fin 2015, trois vaches sont mortes sans raison : une de mort subite et les deux autres de paralysie en une poignée de jours.

Trois vieilles carnes amaigries ?

Non ! Dans les plus belles.

Dans les 3, il y avait Shuna une de mes Highland Cattle ( Vaches écossaises ).

Le genre d’animal qui se nourrit de cailloux et qui se sent heureux que dans la tourbe.

Bref ! Les bêtes increvables à moins de cogner dessus à la masse.

 

À la troisième, une autopsie a été réalisée.

On détectait alors une bactérie assez commune dont les symptômes pouvaient coller avec certaines morts subites.

En toute logique, je vaccinais alors tout le troupeau.

Ce qui n’empêcha pas la mort de huit autres vaches par la suite.

 

J’avoue.

J’ai commit une erreur et j’aurais due appeler le Groupement de Défense Sanitaire et l’Ecole Vétérinaire de Nantes au secours dès la troisième mortalité.

Statistiquement, un tel taux de mortalité en si peu de temps pour cette bactérie n’était pas normal.

C’est pas une remise en cause de mes vétérinaires, ils font ce qu’ils peuvent, sont débordés et ont bien d’autres clients.

 

Par la suite, au mois d’août, Lullaby une petite génisse que j’avais élevé au biberon suite à une patte cassée s’est éteinte paralysée en une semaine malgré tous les soins vétérinaires envisageables.

On mit ça sur le fait que n’ayant jamais tété sa mère, son système immunitaire était faible.

 

Puis, les choses revinrent à la normale … jusque au mois de décembre 2016.

Lorsque je retrouve Terida dans un champs une jolie mémère de 14 ans morte subitement.

On met ça sur la même bactérie que l’année d’avant en se disant qu’il va falloir revacciner tout le monde.

Bien que les vaccins, même si l’on doit faire un rappel annuel, n’arrêtent pas de faire effet après 12 mois chrono en main.

 

Puis c’est le raz de marée.

5 vaches mortes.

Lorsque la mort est progressive avec paralysie, avec ou sans traitement, le résultat reste le même.

Au mieux, certaines survivent un peu plus longtemps, et, soufrent plus longtemps.

Mais pour finir le résultat reste le même.

 

Les autopsies donnent toujours le même résultat.

Mais la vilaine bactérie, n’est peut être qu’une opportuniste.

 

Le 2, le 6, le 7, le 8 et le 10 mars ; Une vache morte chaque jour.

Les plus jeunes et les plus belles, dont Hue qui a tenu 5 jours.

On en arrive au point d’avoir une boule au ventre d’aller voir les bêtes.

On connaît le numéro de l’équarrissage par cœur.

On culpabilise en se disant qu’on doit avoir fait une connerie quelque part.

On a honte de pas être foutu de prendre soin de ses animaux.

 

Le vétérinaire du Groupement de Défense Sanitaire vient en renfort.

Lorsqu’il sort de sa voiture, on a l’impression qu’on va passer en jugement tellement on culpabilise.

Mais après une inspection, il dit qu’il y en a des moches mais qu’il y en a des belles.

Donc, on se sent un peu moins responsable.

 

On revaccine, on n’utilise plus l’eau du puits et on surveille.

5 vaches mortes par la suite malgré tout.

Pour le coup, ce n’est plus la vilaine bactérie qui est en cause.

Peut être une autre, mais forcément, celle qui est super dur à détecter.

D’ailleurs, il n’y a que l’institut Pasteur qui en est capable ; Et encore sous certaines conditions.

On soigne, on prélève, on analyse, on autopsie…. Avec l’aide de l’Ecole Vétérinaire de Nantes.

7 nouvelles pertes.

 

On passera 6 jour à redresser Farine pour qu’elle puisse boire et manger.

Il y a même eu du mieux.

Elle avait retrouvé l’œil vif et les oreilles qui secoue.

On y a crut ….

 

Aujourd’hui, sur la multitude d’experts qui se sont penchés sur le cas de l’élevage et après 34 pertes,  on ne sait pas de quoi ces animaux sont morts.

La seule proposition des vétérinaires aujourd’hui, c’est le plan de bataille des examens à réaliser sur le prochain cadavre.

 

Super ! Je dois guetter un cadavre frais à envoyer à Nantes.

Je vous jure, le matin c’est super motivant pour aller faire la tournée des champs.

 

Après, il y a une autre piste, mais celle-là passe par la voie judiciaire et en parler aujourd’hui sans preuve serait de la diffamation.

 

En attendant, c’est pratiquement la moitié des mères de perdue.

Outre la perte de 50 000 € que cela représente c’est aussi 200 000 € de chiffre sur trois ans de reconstitution de cheptel. C’est à dire la moitié de la valeur de la ferme. 

Sachant que la compta n’était déjà pas à la fête avec de la sécheresse sur les deux première années,  un trou de 20 000 € suite à une erreur de l’administration en ma défaveur et un surcoût de 50 000 € du fait que je n’ai eu droit à aucune aide pour avoir adapté le matériel de la ferme à des personnes en situation de handicap ( Zones sécurisées, commandes déportées, tracteur à commande simplifiées, etc … ).

Bah oui. Les handicapés, ils doivent rester dans leur canapé à vivre de leur pensions et pas faire chier.

Bref ! Allez directement à la case faillite, ne passez pas par la case départ et déposez le bilan.

 

Et tout ce que je peux faire, c’est attendre que l’assurance accepte d’indemniser ou non, et, me mettre en redressement judiciaire le temps de voir venir.

L’assurance ne couvre que deux maladies, dont celle que l’on soupçonne.

Mais sans preuve autre que les symptômes, l’assureur n’a aucune obligation.

Sans obligation, je doute que les assurances fassent dans l’altruisme.

Et s’il n’y a pas d’indemnisation dans l’année à venir, ce sera la fin de l’aventure.

La fin d’un projet de vie.

La fin d’un espoir d’activité professionnel pour moi.

La fin d’un emploi pour Claire, ma salariée.

La fin d’un havre pour des jeunes en quête d’un avenir.

 

Autant, j’aurais pu accepter de me planter si j’avais bel et bien déconné.

Mais non.

Non, un échec comme ça.

Sans qu’on puisse y faire quoique se soit.

Rien à part, rester avec la bête lorsqu’on sent que c’est la fin.

Poser la tête sur elle pour écouter son cœur en lui caressant doucement le flanc.

Et attendre d’entendre le dernier boum en pleurant.

Ensuite, rentrer en faisant bonne figure et se torturer le ventre en attendant la prochaine.

 

Voilà, c’est dit.

 

En attendant jusqu’à ce que la banque nous mette dehors, on continuera.

Même si on ne peut aider qu’un ou deux jeunes autistes de plus.

Ce ne sera pas rien.

 

Et puis on peut aussi croire au miracle ou à la justice ???